|
Ducelia, Ducelia, un oppidum établi sur le
Roc ou l'une des hauteurs voisines ; Salinae, la ville romaine
dans la vallée ; Petra Castellana, le bourg d'abord enserré
dans ses remparts et qui, en s'élargissant, formera peu à peu l'actuelle
Castellane : autant de toponymes qui rythment les grandes étapes
de l'histoire de cette cité de la moyenne vallée du Verdon, point
stratégique sur la route de Vence, puis de Grasse à Digne.
Le vocable Cinira, que l'on trouve, dans le Cartulaire de Saint-Victor
de Marseille, ne peut s'appliquer quà un quartier de Salinae.
Ce qui explique l'origine du pays des Saliniens, c'est certainement
la présence sur son territoire de sources salées. Il en est une,
très abondante, véritable résurgence qui se trouve au-dessus de
la route de Draguignan à environ 1,500 km de Castellane, au lieu-dit
le 'Moulin' (de la Salaou).
Une autre source coulait au pied de la colline de Bouquet, donc
plus haut vers l'est, à environ 800 mètres de la première. Dun
volume bien inférieur, son débit était cependant suffisant pour
alimenter deux fontaines et fournir l'eau salée à toute la population.
On y retirait par évaporation le sel nécessaire à la maison.
De ce fait, elle était d'une grande utilité et d'une grande importance.
Pour bien comprendre cette importance, il faut se rappeler les pages
d'histoire que nous avons apprises sur les bancs de l'école, relatives
à l'impôt sur la gabelle.
Il nous est difficile, aujourd'hui, de nous faire une idée exacte
de son utilité, puisque les marais salants nous donnent du sel à
volonté et à la portée de toutes les bourses, mais il n'en a pas
toujours été ainsi. Le droit accordé à la ville de Castellane par
les Comtes de Provence de pouvoir puiser librement aux fontaines
salées et reconnu ensuite par les Rois de France, a été considéré
pendant des siècles comme un privilège de grande valeur.
Malheureusement, ces deux fontaines n'existent plus, elles ont été
comblées vers le milieu du 17e siècle. La cité des saliniens se
situait vers le quartier Notre-Dame, sur le Coteau orienté au soleil
levant appelé "SIGNAL" où se trouvait l'antique Cité des
Saliniens.
Le nom "SIGNAL" désigne la situation topographique de
cette colline, qui permettait d'apercevoir l'approche de l'ennemi
sur tous les points vulnérables du côté de Robion, La Garde, Cheiron
et ainsi de donner le signal.
Les Sarrasins avaient déjà saccagé et brûlé les villes de Nice et
de Vence. En l'an 812, leur fureur les porta sur la cité des Saliniens,
qui fut mise à feu et à sang.
Après ce désastre, les survivants mirent tout leur espoir en cette
citadelle inexpugnable qu'est le Roc .
A l'est de Castellane, dominant la ville et la riante plaine qui
s'étend à ses pieds, il y a un énorme rocher, d'environ 180 m de
hauteur et 75 m de large abrupt, pittoresque, taillé dune
seule pièce sur le Verdon.
Ce rocher était tout indiqué pour servir de défense naturelle et
de refuge. Sur le sommet à 903 mètres d'altitude s'étend un plateau
d'environ 640 mètres carrés.
Cette plate-forme allait devenir une place forte invincible. Elle
fut fortifiée au levant par une quadruple enceinte de murailles
superposées dont on peut encore aujourd'hui, en regardant attentivement,
apercevoir les vestiges.
Lorsque cette place fut achevée ainsi que la construction de son
immense et fier château fort qui dominait toute la vallée, on lui
donna le nom de "Petra Castellana". Castellana vient du
mot latin Castrum, camp retranché, Castellum, château fort, et petre
: bâti sur la pierre, dur, solide, résistant comme la pierre.
Toutefois, Petra Castellana offrait bien des avantages à ses habitants,
mais il est de toute évidence que le terroir ingrat disposé en terrasse,
exigeait beaucoup de forces et de courage pour le cultiver. Son
accès difficile présentait de sérieux inconvénients pour le commerce
et l'industrie.
En présence de ces multiples inconvénients, il était tout naturel
de voir la population porter des regards d'envie sur la vaste plaine
luxuriante et fertile, qui s'étendait du Roc jusqu'à Notre-Dame
du Plan.
L'agriculture y trouvait une source de richesses, le commerce et
lindustrie y rencontraient des avantages qui favorisaient
son développement.
Ajoutons à cela, en ce siècle de foi profonde, les difficultés d'accès
qui privaient les infirmes et les vieillards de l'accomplissement
de leurs devoirs religieux. Cette dernière considération nous amène
à la construction de la première chapelle dans le bourg, la Chapelle
Saint-Victor (fin Xle début Xlle).
L'exode de Petra Castellana vers le bourg, commencé vers l'an 1000,
fut une uvre très lente qui s'échelonnera non pas sur plusieurs
années mais sur des siècles.
|